- Sep 21, 2025
Cryptomonnaies et finances publiques : vers un désendettement ?
- Sovereign
- 0 comments
Face à l’explosion des dettes publiques, de nombreux gouvernements cherchent des solutions alternatives pour refinancer leurs besoins ou monétiser leurs ressources. Au-delà des mécanismes traditionnels (réformes fiscales, privatisations, restructurations de dette), une tendance surprenante émerge : l’utilisation des cryptomonnaies et de leurs infrastructures comme levier de désendettement.
Deux exemples récents illustrent cette évolution :
Le Laos, qui mise sur le minage de Bitcoin pour valoriser son excédent énergétique.
Les États-Unis, où les stablecoins deviennent un acteur majeur du financement de la dette publique.
Que nous disent ces expériences ? Peuvent-elles vraiment offrir un nouveau souffle aux finances souveraines ?
Le Laos : transformer un excédent énergétique en Bitcoin
Une économie sous pression
Le Laos est pris dans un double piège :
une dette publique croissante, largement détenue par la Chine dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie,
une surproduction d’électricité issue de ses nombreux barrages hydroélectriques, construits pour exporter de l’énergie mais dont la demande régionale reste insuffisante.
Résultat : le pays se retrouve avec un excédent énergétique coûteux à entretenir et des recettes d’exportation insuffisantes.
Le pari du minage de Bitcoin
Pour transformer ce fardeau en opportunité, le gouvernement a lancé un projet pilote de minage de cryptomonnaies. L’idée est simple : utiliser l’électricité excédentaire pour sécuriser le réseau Bitcoin et recevoir, en contrepartie, des récompenses en BTC.
Cela permet tout d'abord une valorisation d’une énergie inutilisée.
-
Des revenus potentiels pour rembourser les intérêts de la dette.
Ce pari s’inscrit dans une stratégie de survie économique, mais il soulève aussi une question fondamentale : la cryptomonnaie peut-elle devenir un outil de gestion de la dette souveraine pour les pays en difficulté ?
Les États-Unis : les stablecoins comme acheteurs de dette publique
À l’autre bout du spectre, les États-Unis utilisent les cryptos d’une façon très différente.
Le GENIUS Act et la montée en puissance des stablecoins
Adoptée en juillet 2025, la loi GENIUS Act encadre désormais les stablecoins (USDT, USDC…) en exigeant qu’ils soient adossés à 100 % à des actifs sûrs et liquides : dollars et bons du Trésor américain.
Conséquence directe : les émetteurs de stablecoins deviennent de gigantesques acheteurs de dette publique.
Tether détient déjà plus de 127 milliards $ en Treasuries, soit davantage que certains États souverains comme l’Arabie saoudite.
Ces réserves assurent la liquidité des stablecoins tout en renforçant la demande mondiale pour la dette américaine.
Un cercle vertueux pour Washington
Les stablecoins offrent une nouvelle base d’investisseurs aux Treasuries, en complément des banques centrales étrangères.
Ils contribuent à maintenir la demande pour le dollar, consolidant son rôle de monnaie de réserve mondiale.
Ils intègrent l’innovation crypto dans la stratégie de financement public, transformant un produit privé en instrument de politique monétaire.
Ce que cela change pour le Sovereign Advisory
Ces deux cas – Laos et États-Unis – montrent que les cryptomonnaies redessinent la frontière entre finance publique et finance décentralisée.
Pour un futur analyste ou conseiller en dette souveraine, trois leçons émergent :
Les ressources inutilisées peuvent être monétisées via le numérique.
Qu’il s’agisse d’énergie hydroélectrique excédentaire (Laos) ou de liquidités mondiales en quête de rendement (États-Unis), la blockchain ouvre des canaux inédits de valorisation.La dette publique n’est plus uniquement une affaire d’États et d’institutions.
Les acteurs privés (Tether, Circle, mineurs de Bitcoin) jouent un rôle croissant dans le financement ou la soutenabilité des dettes souveraines.De nouveaux risques émergent.
Volatilité du Bitcoin, dépendance réglementaire des stablecoins, enjeux de gouvernance et d’équité (qui bénéficie des revenus du minage ?)… Ces innovations nécessitent des cadres clairs pour éviter de reproduire les excès du passé.
Conclusion : vers une « crypto-finance publique » ?
Le cas du Laos et celui des États-Unis illustrent deux usages très différents des cryptomonnaies dans la gestion de la dette souveraine :
Pour les pays fragiles, elles apparaissent comme un outil de valorisation d’actifs excédentaires.
Pour les économies avancées, elles deviennent un vecteur stratégique de financement.
Si ces expériences sont encore récentes et expérimentales, elles marquent peut-être le début d’une nouvelle ère : celle où la crypto-finance publique devient un instrument à part entière de la gestion budgétaire et de la stratégie de désendettement des États.
💼 Vous cherchez un stage en Sovereign Advisory ?
Découvrez nos ressources et formations sur notre site : breakingintosovereign.com